C’est quoi, le métier d’UX designer ? Rencontre avec Maïtané

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C’est quoi, le métier d’UX designer ? Rencontre avec Maïtané

Maïtané est UX designer freelance (UX pour « User Experience » – « Expérience Utilisateur » en français). Depuis un an et demi, elle travaille en indépendance et revient sur son expérience professionnelle pour nous expliquer son activité, l’importance du métier qu’elle exerce et, bien sûr, l’UX dans le monde du logiciel libre.

En quoi consiste le métier d’UX designer ?

Notre métier consiste à faire en sorte que les personnes aient une bonne expérience d’utilisation d’un produit ou d’un service. Le but est de procurer des expériences plaisantes aux gens et de minimiser les sources de frustration. Par exemple, quand une personne se rend chez Pôle Emploi, elle doit comprendre où elle doit aller, sans se perdre dans les couloirs ou demander de l’aide directement à un conseiller ou une conseillère, aide qu’elle peut retrouver sur son ordinateur. Pour simplifier, c’est rendre des produits utiles, utilisables et donc, utilisés. Pour ma part, je travaille plutôt sur l’UX appliquée au numérique.

l’UX consiste à rendre des produits utiles, utilisables et donc, utilisés.

Avec quels types de structures travailles-tu ?

Je travaille plutôt avec des entreprises, des personnes qui développent leurs propres produits. Et comme j’aime bien les choses un peu compliquées, je travaille plutôt sur les applications métiers ou les logiciels.
En ce moment, je travaille avec le gouvernement sur une application qui est un simulateur de coût d’embauche. Pour résumer, on y rentre les caractéristiques du candidat ou de la candidate que l’on souhaite embaucher, le salaire auquel il ou elle prétend, le montant de la cotisation à la mutuelle… C’est un formulaire avec beaucoup de questions, des données à rentrer, des cases à cocher. Même si ça peut paraître assez simple, la question du design et de l’ergonomie est importante, sans quoi l’utilisation pourrait s’avérer frustrante, on ne saurait pas où l’on va et ne parviendrait pas forcément à obtenir le résultat que l’on souhaiterait avoir.

Comment travailles-tu ? Par quels moyens observes-tu les expériences des utilisateurs et utilisatrices ?

Il y a plusieurs manières d’observer les expériences des utilisateurs et utilisatrices. Nous pouvons, par exemple, mettre en place des questionnaires en lignes auxquels peuvent répondre les testeurs et testeuses après avoir essayé un produit. Une autre possibilité est de rencontrer trois ou quatre utilisateurs et utilisatrices pour passer une phase de tests, tout en les observant. En fait, il faut choisir la méthode selon le besoin et le temps dont on dispose.
Grâce aux tests utilisateurs, nous pouvons observer les sources de frustrations, le parcours que l’usager ou l’usagère prend et qui peut ne pas être celui que l’on pensait, cherchant, tâtonnant, faisant des erreurs de manipulations.
Quelque chose qui arrive souvent est que, l’interface n’est pas homogène. À titre d’exemple, il peut y avoir des éléments graphiques qui ont une forme de bouton, alors que ce n’en sont pas. Les utilisateurs et utilisatrices pensent que ce sont des boutons car, il y a un contour, un relief donc, ils et elles vont penser que c’est cliquable, alors que ça ne l’est pas forcément. Cela demande beaucoup plus d’efforts à l’utilisateur ou l’utilisatrice pour distinguer qu’est-ce qui est quoi et, même s’il ou elle fait des efforts, parfois, il ou elle va passer à côté de l’objectif. Dans ces cas-là, l’usager ou l’usagère pourra facilement se dire « je ne comprends pas ce que je dois faire, quand je clique rien ne fonctionne » et effectivement, le bouton sur lequel il ou elle souhaite cliquer ne fonctionnera pas puisque ce n’en est pas un.

Il y a plusieurs manières d’observer les expériences des utilisateurs et utilisatrices […] il faut choisir la méthode selon selon le besoin et le temps dont on dispose.

Il faut donc adapter l’interface à l’utilisateur moyen. Mais il est clair que les utilisateurs et utilisatrices n’ont pas du tout le même niveau d’appropriation des outils. Par exemple, je sais que j’aurai toujours plus de faciliter à utiliser les outils numériques que ma grand-mère, pour qui la tâche s’avérera plus laborieuse, étant moins habituée à l’utilisation des outils numériques. Comment adapter cela au maximum d’utilisateurs et utilisatrices pour limiter les frustrations ?

Pour la plupart des produits lancés, il y a un public cible spécifique. Ce qui va s’adresser aux retraités ne va pas forcément être utilisé par les plus jeunes. Cependant, pour prendre un exemple, pour le site des impôts, la problématique se pose car, tout le monde doit faire ses déclarations et de plus en plus de personnes doivent le faire par Internet.
En réalité, il n’y a pas de bonne réponse à cette question puisque les personnes qui s’occupent du site des impôts pensent que ce sont les utilisateurs et utilisatrices qui ne comprennent pas bien comment utiliser l’outil. Or, si un utilisateur ou une utilisatrice a du mal à s’approprier un outil, ce n’est pas de sa faute ou de sa mauvaise volonté, mais bien du fait que l’outil en question a été mal conçu.

Si un utilisateur ou une utilisatrice a du mal à s’approprier un outil, ce n’est pas de sa faute ou de sa mauvaise volonté, mais bien du fait que l’outil en question a été mal conçu.

Et qu’en est-il de l’UX dans le monde du logiciel libre ?

Vaste question !

Par rapport aux développeurs et développeuses, très souvent, les logiciels libres sont conçus par quelqu’un qui a un besoin. Donc, la personne code une solution qui fonctionne. Vient le moment où cette personne voudra ouvrir et diffuser son logiciel. Et c’est là que les choses peuvent devenir compliquées. La personne qui a conçu ce logiciel avec ses propres connaissances est convaincue que son projet est bien conçu puisqu’elle arrive à s’en servir. Elle pense que le design, c’est juste pour faire du « joli » et que la façon de fonctionner des utilisateurs et utilisatrices est la même que la sienne, alors que ce n’est pas forcément vrai.

J’ai l’impression qu’il y a tout de même des améliorations, que les développeurs et développeuses commencent à intégrer le fait que le problème ne vient pas des utilisateurs et utilisatrices, mais bien du logiciel qui a été conçu. C’est sûr que les développeurs et développeuses de logiciels libres ont besoin de prendre du recul car, ils et elles connaissent tellement leur projet qu’ils et elles ne voient pas où est le problème de l’utilisation, s’il y en a un.

Il y a eu ce problème avec Parcoursup. Certains lycéens ont validé leurs vœux depuis leurs mobiles, sauf que ceux-ci n’ont pas été pris en compte. Ce problème a été signalé à des académies qui ont répondu, agacées, qu’elles avaient déjà dit qu’il ne fallait pas valider les vœux via le téléphone portable et que c’est aux lycéens et lycéennes de faire attention. On en revient à se dire « la faute est humaine », et, évidemment qu’elle l’est, sauf qu’il faut garder en tête que cette faute ne se trouve jamais du côté des usagers et usagères, mais bien du concepteur ou de la conceptrice.

Dans un monde idéal, les développeurs et développeuses de logiciels libres n’auraient-ils pas tout intérêt à travailler avec des UX designer ?

Si ! Et c’est possible car, ce n’est pas très compliqué de faire des tests utilisateurs, de demander à quelqu’un de tester un projet pendant que l’on reste à côté. L’impact que cette méthode peut avoir est hyper minimisée.
En conséquence, les designers ont fui le milieu du libre, entre autre parce que c’est un monde composé de beaucoup de développeurs et développeuses, qui peuvent voir le métier de designer comme inutile. Il y a un travail à faire, qui est de faire comprendre que les designers ont des choses à apporter aux logiciels libres et ont tout intérêt à travailler et échanger avec les développeurs et développeuses.
Donc, il faut comprendre, respecter et être ouvert.e au travail de designer, pour que ceux-ci aient envie de collaborer avec les développeurs et développeuses de logiciels libres. Il y a vraiment matière à faire : développer quelque chose de fonctionnel et d’ergonomique n’est pas incompatible. Au contraire !

Découvrir le travail de Maïtané : http://www.maiwann.net/
Lire aussi Logiciels Libres : qu’en est-il de l’expérience utilisateur ?

2 Responses for this post

  1. Laura Ricci
    Laura Ricci
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    Merci, Mégane, pour cette interview ! Elle permet de découvrir le métier d’UX Designer, et surtout de réhabiliter le design. Il peut certes être parfois perçu comme superflu, ou au service d’un objet superflu, mais nous aurions tort de nous priver de ce savoir-faire qui est attentif au point de vue de l’utilisateur et à la transmission. Après tout, l’écoute est fondamentale dans toute communication éthique, et le Libre gagne à être connu, que ce soit pour ses valeurs ou pour ses qualités techniques.

    Reply
  2. Vincent Mabillot
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    Très belle initiative. Un petit regret qu’on ait pas une photo ou une illustration du travail de l’interviewée. Merci pour l’attention portée à la diversité des genres :)
    Manifestement un certain goût pour le style « interview » après les CHATONS expliqués à Mamie!
    À noter que depuis Maïtané à pousser un peu plus sur la question du design et des logiciels libres:
    http://www.maiwann.net/blog/pourquoi-les-logos-des-logiciels-libres-sont-ils-si-moches/

    Reply

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