Le libre âge de faire

Le 10 janvier dernier, L’Âge de faire a publié sur son site un article dédié à « Linux, pour sortir de l’obsolescence programmée ! ».

La rédaction a en effet dès 2015 vu l’intérêt de réserver une place importante au Libre au sein des pratiques collectives et alternatives citoyennes, mises en avant par le journal depuis sa création en 2005. Petit entretien avec Fabien Ginisty, qui coordonne la rubrique Informatique libre.

 

LR : Fabien, L’Âge de faire consacre une rubrique à l’informatique libre sur son site depuis février 2016, peux-tu me dire pourquoi ce choix ?

aperçu de la rubrique informatique libre
source : lagedefaire-lejournal.fr

FG : « L’Âge de faire met à l’honneur des alternatives concrètes et des pratiques initiées par des collectifs mais aussi par des individus, à leur échelle. Notre rubrique L’Atelier, au sein du journal papier, comporte des sous-rubriques, comme « Naturopathie », « Jardinage »… des astuces pour une démarche écologique que tout le monde peut adopter, à son niveau. Nous voulions diversifier les idées avec la thématique de l’informatique. [ndr : cette sous-rubrique apparaît sur le site comme une rubrique à part entière depuis février 2016].

L’un des enjeux est la réappropriation de nos outils informatiques, en gagnant en autonomie et indépendance vis-à-vis de certaines grandes entreprises comme Google, Microsoft… Un autre enjeu concerne la question de la vie privée et de nos données personnelles. Enfin, l’obsolescence programmée du matériel informatique est un vrai problème, résolu en partie avec les logiciels libres. Nous avions déjà traité ces sujets dans un ancien numéro en 2014, « Artisans du numérique ». Nous avions entre autres parlé de l’association Emmabuntüs, qui reconfigure des ordinateurs récupérés en système libre et les met à la disposition des communautés Emmaüs. Et nous avons décidé de les recontacter pour organiser cette nouvelle rubrique, avec pour fil conducteur des explications et des gestes simples pour faire découvrir et pratiquer le libre par nos lecteurs, conscients des enjeux mais pas forcément à l’aise en informatique. On a commencé avec des articles généralistes, puis sur Framasoft et sur Linux. Nous allons prochainement présenter des logiciels, comme la suite bureautique LibreOffice et Gimp pour la retouche-photo. »

LR : Parvenez-vous à intégrer les outils libres dans vos pratiques quotidiennes ? Lesquels ? Quelles en sont les contraintes ?

photographie d'un clavier avec 4 touches représentant les logos des principaux réseaux sociaux
source : pixabay.com

FG : « C’est une question qui nous intéresse évidemment beaucoup, nous les journalistes. Nous avons basculé tous nos ordinateurs sur le système d’exploitation Ubuntu. Nos outils quotidiens sont LibreOffice, Firefox pour la navigation web, Qwant et Startpage comme moteurs de recherche, Framatalk pour la visioconférence. Je dirais qu’il y a peu de contraintes… sauf celles causées par le monopole des logiciels propriétaires. Nous sommes par exemple amenés à utiliser Facebook pour nos recherches et notre communication, et des outils non libres pour la mise en page. Nous rencontrons en effet des problèmes de compatibilité de fichiers chez notre imprimeur ou éditeur. Nous sommes aussi confrontés à nos propres manques de compétences et de temps, nécessaire à la formation. De rares médias travaillent uniquement avec du Libre, donc c’est possible, mais cela demande des compétences que l’on n’a pas. »

 

dessin représentant linux sous la forme du pingouin fièrement paré de plumes, d'un arc et de flêches
source : pixabay.com

En tant qu’étudiante CoLibre, j’ai particulièrement apprécié le point de vue d’un journaliste qui s’interroge sur ses propres pratiques professionnelles, tout en s’attelant à faire circuler les idées et projets alternatifs. La conversion au libre face aux monopoles et aux habitudes n’est pas évidente. Peut-être avons-nous davantage besoin d’information pratique et de formation – par exemple savoir comment faire face aux problèmes de compatibilité de fichiers avec les acteurs de notre environnement, afin de ne pas ralentir ou mettre en péril ses propres activités.

Nous pouvons aussi être toujours plus nombreux à faire pression sur les décideurs, afin que le choix des outils soit véritablement possible, dès l’école et dès l’achat de matériel informatique. Enfin, nous pouvons soutenir des événements grand public telles que les Journées du Logiciel Libre, prévues à Lyon les 24 et 25 mars prochains. Un campagne de financement participatif sera d’ailleurs lancée très prochainement…