Cet article est la version longue de l’article présent dans le numéro 2026 du Colibre Magazine. En effet, en raison de contraintes graphiques et d’un nombre de pages limité, j’ai dû raccourcir mon article. J’espère qu’il vous plaira, que vous le découvrirez ou que vous ayez déjà lu la version dans le ColiMag, car celui-ci est naturellement plus complet. Bonne lecture !
En 1985, Microsoft lance Windows 1.0, d’abord conçu seulement comme une simple interface graphique pour le système d’exploitation MS-DOS. C’est véritablement une décennie plus tard, en 1995, que Windows est devenu incontournable auprès du grand public avec Windows 95, après avoir conquis les entreprises 5 ans auparavant avec Windows 3.0. La suite on la connaît, Microsoft et ses créateurs deviennent immensément riches, et Windows s’installe partout sur le marché des systèmes d’exploitation ordinateurs avec 70 % des parts de marché en 2023. Pourtant, tout n’est pas si idyllique que ça pour la marque américaine. En effet, en 2021, Windows 11 fut lancé avec Windows 10 (sorti en 2015) toujours mis à jour en parallèle. Seulement voilà, en raison d’une interface très moderne et d’un socle de sécurité renforcé, Windows 11 ne fonctionne que sur une liste de matériels stricts. Quel est donc le problème ? Eh bien Windows a annoncé récemment l’arrêt définitif de la prise en charge de Windows 10, créant un tollé chez les consommateurs et un élan jamais vu auparavant chez son principal concurrent (hormis Apple qui est à part dans son écosystème) : Linux.
Quand Microsoft pousse ses utilisateurs vers Linux
Telle Pepsi contre Coca-Cola ou McDonald’s contre Burger King, les 2 systèmes d’exploitation s’affrontent avec derrière une base de fans fidèles. Mais la guerre est déjà perdue d’avance, Linux ne comprend que 4 % des parts de marché. Pourtant celui-ci a tout pour fonctionner. Une meilleure stabilité, une meilleure longévité, une plus grande transparence au niveau des données, et surtout, le plus important, Linux est gratuit. Mais ce n’est clairement pas suffisant face à l’hégémonie qu’a Microsoft avec son logo sur une touche de clavier sur presque l’intégralité de ceux-ci, le système d’exploitation présent de base sur la machine, le manque de pub de la part de Linux, ou bien l’image désastreuse qu’a le système d’exploitation auprès du grand public, comme quelque chose de compliqué et de pas très utile. Or depuis la décision de Microsoft, les choses changent. Les écoles, les associations ou même les particuliers ne comprennent pas cette décision. Leur ordinateur fonctionne très bien et n’a pas la nécessité d’avoir Windows 11 pour répondre à leurs besoins. De plus, certains n’ont pas les moyens de s’offrir un nouvel ordinateur, sans compter le fait que jusqu’en 2022, les ordinateurs étaient encore parfois vendus sous Windows, ce qui ne leur donne pas beaucoup de durée de vie. Car le principal problème avec l’arrêt du support de Windows 10 par Microsoft, c’est que les mises à jour de sécurité sont elles aussi absentes au rendez-vous ! Laissant d’éventuelles failles dans le système être non corrigées et être ainsi des portes d’entrée parfaites pour des virus ou des logiciels malveillants. Et sans parler du fait que si vous êtes une entreprise et que tous vos ordinateurs sont sous Windows 10, le “seul” moyen de prolonger la sécurité de vos machines est de passer à la caisse.

L’émergence de Linux face aux limites du modèle Windows
C’est là que Linux apparaît, car en faute de solution réellement satisfaisante, c’est en désespoir de cause que le système d’exploitation paraît comme l’alternative idéale. En plus de 10 ans, Linux a profondément changé, avec des distributions comme Linux Mint ou Ubuntu qui sont conçues explicitement pour des utilisateurs non spécialisés dans l’informatique qui viennent de Windows, avec une interface graphique similaire, des menus clairs, etc. Rien à voir avec le cliché du terminal noir rempli de commandes cryptiques et incompréhensibles pour le commun des mortels. De plus, l’usage de Linux ne change pas grand-chose, la plupart des utilisateurs font de la bureautique et Linux permet très bien de faire cela tout en gardant un accès au navigateur web de leur choix. Mais les vrais changements se font au niveau du traitement des données et de l’obsolescence programmée. À l’heure de l’intelligence artificielle, la question des datas, donc des données, y compris des nôtres, et où elles vont, est au cœur des débats et a rendu ces questions plus accessibles et compréhensibles auprès du grand public. Il devient alors urgent de reprendre en main sa souveraineté numérique pour éviter un usage malveillant de nos données personnelles. Et concernant l’obsolescence programmée, avec la montée des mouvements écologiques qui s’insurgent face à toutes ces matières premières utilisées, et l’arrêt brutal de véritables bonds technologiques, avec des progrès de moins en moins visibles et de moins en moins avantageux ou même utiles pour le client final. Le remplacement de nos machines ne nous paraît bien moins vital qu’auparavant. Il est de notoriété publique que Linux permet à un ordinateur de durer bien plus longtemps que s’il était sur Windows, pouvant rajouter 3 à 5 ans de vie à un ordinateur qui pouvait montrer des signes de fatigue sous Windows. Il y a même des distributions Linux conçues pour mettre à jour des ordinateurs très anciens. Si on part du principe qu’un utilisateur de Windows 10 l’a acheté lors de sa sortie, c’est-à-dire en 2015, permettre à son ordinateur de survivre jusqu’à 2030 et ainsi le faire durer 15 ans est un excellent retour sur investissement pour lui. Sans compter qu’avec les prix qui augmentent et la récente crise de la RAM qui accélère les processus, changer d’ordinateur n’a jamais été aussi compliqué. Les gens en ont marre des constructeurs qui font exprès de laisser leur machine mourir sans aucune autre raison que le fait qu’il faut continuer à mettre une pièce dans la machine pour alimenter le marché et faire ainsi des bénéfices. Ils veulent que les appareils électroniques durent et répondent véritablement à leur besoin. Et l’adoption de Linux semblerait être la solution, comme le prouvent les chiffres hallucinants de la distribution Linux Zorin (distribution connue pour son interface similaire à Windows), qui a dévoilé que près d’un million de téléchargements furent constatés après la sortie de Zorin 18, mise à jour sortie pile après l’arrêt de la prise en charge de Windows 10 par Microsoft. Et c’est loin d’être la seule à reporter de tels cas, annonçant une véritable ruée vers le système d’exploitation créé par Linus Torvalds en 1991.

Un rééquilibrage limité mais révélateur du paysage numérique
L’annonce de la fin de Windows 10 a rappelé aux consommateurs du monde entier le pouvoir que possèdent les GAFA sur les technologies modernes et sur nos moyens de travailler et de communiquer actuellement. Néanmoins ces entreprises ne restent pas les bras croisés, Microsoft a finalement annoncé que, sous quelques conditions (d’ailleurs moins légères en UE qu’aux USA), la prise en charge de Windows 10 continuera pendant encore 1 an. Et l’entreprise a déjà déclaré être prête à augmenter la durée si cela doit être fait. De plus, il faut être réaliste, bien que Linux ait subi un immense élan de popularité, le système d’exploitation a toujours une image à consonance négative dans la plupart des esprits, entre autres du fait de son installation compliquée à base de clé USB (ce qui fait très virus étrange et bidouille informatique). Enfin, il ne faut pas pour autant mépriser le grand public, nous n’avons pas tous et toutes les meilleures compétences dans chaque domaine et il est normal de ne pas vouloir changer par peur de faire une bêtise due à une erreur de notre part. Surtout que Windows possède des avantages tels qu’une très belle interface qui rend les choses claires, y compris pour un néophyte. Sans même parler du fait que ce n’est pas qu’une simple question d’image, mais aussi d’accessibilité et de vulgarisation, avec un vrai souci pour Linux de pouvoir être facilement compréhensible pour tout le monde. Cependant il semblerait que les gens aient décidé de s’immerger dans cet univers eux-mêmes ou surtout de demander l’aide d’un informaticien plus qualifié pour les aider. Montrant ainsi une vraie dynamique, et même si Linux n’aura probablement jamais les parts de marché que possède Windows, cette histoire aura au moins eu le mérite de mettre sur le devant de la scène la question de l’hégémonie des GAFAM et que les alternatives sont non seulement possibles, mais aussi et surtout envisageables.
Sources :
https://www.microsoft.com/fr-fr/windows/end-of-support?r=1
https://fr.wikipedia.org/wiki/Microsoft_Windows
https://fr.wikipedia.org/wiki/Linux
Par Yaniss Belalene

Il y aurait à redire sur le texte ci-dessus, je m’en tiendrai à un minimum de remarques.
Contrairement à ce que vous écrivez, Linux n’est pas un système d’exploitation. C’est le noyau issu d’une écriture collective menée par Linus Torvalds pour un système d’exploitation nommé GNU dû à Richard Stallman et un grand nombre de contributeurs anonymes ou non. Il est difficile de croire que l’on puisse enseigner à l’utilisation des logiciels libres et ignorer cela. Pourquoi alors faire semblant de l’ignorer ? Aussi barbare que puisse paraître l’expression GNU/Linux, elle rend justice à ce qui a été fait et à ceux qui l’on fait.
Contrairement à d’autres systèmes plus connus et commerciaux, GNU/Linux se caractérise par la licence particulière des logiciels qui la composent : la General Public License (GPL) dont le souci principal est de protéger les libertés de l’utilisateur et de protéger le code de formes abusives d’appropriation privées..
GNU/Linux est diffusé dans le monde du logiciel libre sous forme de Distributions dont certaines sont associatives et sans but lucratif et d’autres (comme Ubuntu et plusieurs de ses dérivées) dépendent du bon vouloir d’un milliardaire à qui vous pouvez faire confiance pour ne pas dilapider sa fortune dans des entreprises philanthropiques où il n’a pas d’intérêt. Ignorer cet aspect des choses dans un cadre universitaire est difficile à admettre. Pourquoi alors passer sous silence toute allusion à ce domaine de la réalité ? (En d’autres termes, pourquoi refouler la dimension politique de ce qui différencie des systèmes d’exploitation ?)
Vous parlez de parts de marché et de manque de pub de la part de « Linux » sans vouloir prendre en compte qu’il ne s’agit d’un marché au sens commercial du terme que pour les systèmes d’exploitation commerciaux, pas pour GNU/Linux qui n’a (en principe, et surtout pour les distributions associatives) rien à vendre, uniquement à vivre et se développer. Pour ce qui est de la pub, c’est à vous, enseignants promouvant les logiciels libres et à nous, amis et soutiens du mouvement du logiciel libre de le faire, chacun à son échelle, il n’y a pas de budgets pour ça.
Enfin, pour conclure, les systèmes d’exploitation commerciaux savent bien tenir compte de leur intérêt en mettant leurs clients utilisateurs dans un état de dépendance (d’autant plus poussé que leurs logiciels sont protégés et que bien malin qui peut savoir tout ce qu’ils font et en particulier ce qu’ils font sans l’annoncer). Les logiciels libres poursuivent le projet de permettre à leurs utilisateurs de s’émanciper de cette dépendance. Qu’y aurait-il de choquant à ce que cette démarche d’émancipation puisse coûter plus ou moins d’énergie ? Pensez aux sables mouvants, à la noyade, à à n’importe quelle situation périlleuse : vous pensez pouvoir vous en tirer sans effort ? La poursuite d’un diplôme ne nécessite-t-elle pas en général quelques efforts, fussent-ils minimes ? Devez-vous délibérément ignorer ce point et en faire un reproche persistant ou le citer comme une faille malheureuse qu’il faudrait combler à tout prix pour satisfaire certaine vision restrictive que vous semblez partager ?
Vous m’excuserez si certaines de mes expressions dépassent leur but, je ne cherche en rien à vous offenser mais à restituer des éléments importants — et pas seulement pour moi — que vous avez laissés de côté. (Et j’espère que, si vous accordez quelque crédit à mes remarques, que vous vous demanderez si votre titre est bien fondé : n’est-ce pas Microsoft qui fait la guerre à tout ce qui peut affecter sa position de monopole ?)
Je pense que vous aurez remarqué en première page de ce site qu’il est réalisé par des étudiantes et des étudiants qui découvrent le logiciel libre depuis moins d’un an. Les nuances qui sont à la fois juste et des couleurs d’ego (j’ai rencontré plusieurs fois les protagonistes de cette controverse) sont expliquées en cours.Du point de vue d’une discussion tout public, dans laquelle s’inscrit cet article, ces controverses sont aussi stériles que des querelles entre supporters d’un même club un soir de victoire. Je vous remercie donc de considérer que ce n’est pas un article d’encyclopédie, mais un éveil à un enjeu et l’opportunité positive de valoriser Linux ou Gnu/Linux. L’important étant probablement de faire passer le message qu’un autre OS est possible. Pour ma part, j’assume résolument utiliser l’expression « Linux » dans mes échanges mais si je sais au fond de moi que je parle « Gnu/Linux ». Elle situe bien de quoi on parle : d’autre chose qu’un système propriétaire (qu’il passe par la fenêtre ou soit symbolisé par une pomme gâtée)
Merci pour ces précisions. Je suis arrivé sur la page par un lien externe et je n’ai pas vu ni lu ce que vous me rappelez : que les pages sont rédigées par des étudiants en début de cursus. Vous excuserez ma vivacité mais vous avez compris, je pense, que je croyais avoir affaire à une rédaction plus institutionnelle. Si vous le permettez j’emporterai avec plaisir et avec une pensée complice la notion de système propriétaire qui passe par la fenêtre ou qui est symbolisé par une pomme gâtée.