CRATer : un outil open source qui passe nos territoires à la loupe

Quelles sont les failles de notre système alimentaire ? Pour répondre à cette question, une équipe bénévole de l’association Les Greniers d’Abondance a lancé en octobre l’outil numérique open source CRATer : le Calculateur de Résilience Alimentaire des Territoires. Son but étant de proposer un pré-diagnostic de la résilience alimentaire d’un territoire et ce à différentes échelles.

Il permet ainsi à tout un chacun de mesurer dans les grandes lignes l’adaptabilité de son territoire et d’identifier les potentiels leviers d’actions en vue d’augmenter sa sécurité alimentaire. Une sécurité alimentaire mais pourquoi faire ? En quoi est-ce important ?

On vous explique.

Illustration : Joseph Maussion

L’analyse du terrain

Commençons par comprendre ce qu’est un système alimentaire. Le système alimentaire comprend tout ce qui permet à une population de s’alimenter. Il ne se limite donc pas à la production agricole mais comprend également les activités d’aménagement de foncier, d’installation d’agriculteurs, de fabrication d’engrais et de semences et l’organisation en aval des fermes (transformation agroalimentaire, distribution, gestion des déchets).

En somme, c’est un secteur économique qui nous permet modestement de rester en vie.

Oui, mais à quel prix ?

D’un secteur si vital, nous, consommateurs, n’en connaissons pas toutes les facettes.

Cependant, la main-mise des agro-industriels et des firmes de la grande distribution sur les producteurs en début de chaîne ne nous est pas inconnue.

Représentation schématique du système alimentaire français. Source : Les Greniers d’abondance

La poignée de firmes de l’agro-industrie et de la distribution qui « goulonne » notre système alimentaire poursuit des intérêts économiques qui tirent très bas le prix de vente des denrées agricoles et, avec lui, les conditions sociales et environnementales de production. Leur bilan qui n’inclut ni l’épuisement des ressources naturelles, ni les impacts écologiques, ni la dégradation de la santé publique, fragilise notre système alimentaire.

Les prix dérisoires en sortie de ferme incitent les exploitations à s’agrandir continuellement pour produire plus. La population agricole a ainsi fortement diminué et les terres ont subi des remembrements successifs : les petites parcelles, souvent inférieures à l’hectare, ont fusionné pour atteindre des dizaines ou centaines d’hectares.

Hectares cultivés alors en monoculture et qui, de par le travail mécanique régulier des sols et l’usage de produits phytosanitaires employés dans cette course au productivisme, dérègle la biodiversité et appauvri drastiquement la vie des sols.

Ajouté à cela, ce sont chaque jour l’équivalent de 30 000 semi-remorques qui traversent la France pour collecter des denrées, alimenter les stocks des marchés de gros ou les usines agroalimentaires et livrer les surfaces de vente.

Où est l’urgence ?

Bilan peu fameux où notre système alimentaire laisse peu de place aux agriculteurs et fonctionne aux carburants de l’industrie pétrochimique. À l’échelle d’un bassin de vie, presque toute la production agricole est exportée, tandis que presque tous les aliments consommés sont importés.

Sans agriculteurs, impossible de viser la moindre autonomie alimentaire sur un territoire. Pourtant, d’ici 10 ans, près de la moitié des agriculteurs partira à la retraite.

Ce système est tout sauf pérenne.

Les champs d’action de l’outil CRATer

CRATer condense ce qui a été expliqué plus haut par des données chiffrées à l’échelle :

  • de la commune

  • de la communauté de commune

  • du département

  • de la région

  • et enfin de la France

Chaque territoire, quelle que soit l’échelle, est noté selon quatre critère :

  • La production par rapport aux besoins

  • Les pratiques agricoles

  • La population agricole

  • La politique foncière

On y retrouve une évaluation notée sur dix du niveau de résilience sur chacun de ces axes. La résilience étant la capacité d’un système à résister aux perturbations tout en continuant de mener à bien ses activités.

 

Mais alors, serait-ce possible aujourd’hui de manger strictement local dans le département du Rhône ? Ou plus largement en région Auvergne-Rhône-Alpes ?

L’outil nous permet d’observer le ratio Production / Besoins aux différentes échelles de territoires, de la commune de Lyon jusqu’à la région AuRA. À l’échelle du département, que ce soit en oléoprotéagineux, en céréales ou en fruits et légumes, la production est insuffisante vis-à-vis des besoins estimés pour l’alimentation humaine.

À l’échelle de la région, les besoins en céréales sont satisfaits. Il est intéressant de constater la part de la production de fourrages (en hectares) dédiés à l’alimentation animale. La part de produits de l’élevage dans le régime alimentaire impacte fortement la quantité de terre à mobiliser pour répondre aux besoins et peut être un axe de levier.

Impact du régime alimentaire à l’échelle de la région AuRA. Source : outil CRATer

L’outil permet de détailler les critères évalués et de poursuivre l’analyse afin de mieux comprendre les enjeux sur nos territoires.

Participer au projet :

L’outil CRATer est sous licence GNU AGPL v3 et en libre accès ici : https://crater.resiliencealimentaire.org/

Il sera amélioré de façon continue durant les mois à venir afin d’y ajouter de nouveaux jeux de données, de nouveaux indicateurs, de nouvelles fonctionnalités et plus encore.

En savoir plus sur sa méthodologie de calcul : accéder à sa méthodologie

Le code source du projet est disponible ici : https://framagit.org/lga

Pour donner son avis sur l’outil : répondre au questionnaire

Une âme de développeur-se sommeille en vous, réveillez-là en contribuant directement à la TODO liste via des merge requests.

Si vous êtes dépassé par le côté technique de ses sollicitations mais souhaitez tout de même participer, vous pouvez contacter l’équipe de CRATer : contactez-les !

Ressources :

Pour creuser le sujet de la résilience alimentaire vu avec l’outil CRATer, Les Greniers d’Abondance ont tourné pendant le premier confinement une mini-série sur la résilience alimentaire de nos territoires : vidéo ici

Pour approfondir le sujet et réfléchir à l’intérêt commun d’une sécurité sociale de l’alimentation, lire la tribune écrite par Les Greniers d’Abondance dans La Relève et la Peste : la lire maintenant